F**KING PARKING

26/12/2016

Cher parking du Centre Ville,

Nous, à Superpignan, on aime bien donner des conseils gratos, mais les conseilleurs ne sont pas les payeurs, et nous justement, on aimerait bien payer, et pour ça il faut des ronds.

Alors on s’est dit que tu pourrais peut-être nous aider.

Notre mouvement prend bien, avec notre petit baratin de mouvement citoyen, on a plus de 300 abonnés, c’est un bon début.

Mais tu sais ce qu’on dit : mieux vaut être riche et bien portant, que pauvre et mal foutu. On ne va pas se mentir, l’hélicoptère du moulin à vent, on a beau en rigoler, on le prendrait bien si on en avait un.

Et donc, comme on est nouveaux dans le business, tout naturellement on s’est tournés vers toi.

Parce que dans le genre qui a tout compris, tu nous fais rêver comme Madonna dans les années 80 : easy, rentable et qui jette sa culotte dans le public comme si c’était un lingot d’or.

Alors on s’est demandé comment appliquer ton business model à notre calbut à nous, et on a brainstormé à mort pendant Noël.

On a d’abord pensé se faire financer par la publicité. Bon c’est bien gentil, mais pour se payer un hélicoptère il faudrait des millions de visiteurs par jour alors qu’à Perpignan, on ne dépasse pas les 120000 habitants. Sans être des cadors en math, ça sentait un peu la galère.

On a ensuite pensé au freemium, mais dans cette stratégie, il te faut deux propositions, une gratos et l’autre premium, un peu comme dans les sites des grands canards où tu as un crédit de 10 articles et ensuite tu paies, mais comme nous on n’en est qu’à 5, la rentabilité, c’est pas encore pour demain, et surtout avec 300 abonnés.

Pour le modèle de l’hameçon, où tu te réapprovisionnes en permanence, on s’est dit que même Nespresso se faisait doubler avec des capsules low-cost, alors nous avec nos billets d’humeur tu parles, on va se faire mettre de suite.

Mais ton modèle à toi, c’est la Rolls des modèles. D’ailleurs, même ta stratégie de marketing est imparable : tous les commerçants du centre ville te détestent et parlent de toi, t’as même pas à payer un conseiller en communication. Tu as beau coûter trop cher, on ne peut pas se passer de toi.

Du coup on a plein de questions à te poser.

Tu es parti d’une idée simple mais géniale (garer sa voiture sans chercher une place pendant des plombes moyennant rétribution) qu’on aimerait bien appliquer à nos bonnes intentions pour les monétiser. Alors nous on aimerait bien savoir comment tu t’y es pris pour définir tes tarifs horaires.

Tu as dû calculer tes ratios à Manhattan en regardant les 102  étages de l’Empire State Building qui t’ont donné des idées.

Non, parce que 2,33 € de l’heure pour un emplacement c’est comme les trois cerises dans les machines à sous : jackpot.

Et puis là où t’es super bon, c’est que tu ne t’embarrasses pas avec la morale : ponctionner une telle dîme dans une ville où quasiment une personne sur 4 n’a pas d’emploi, sérieux, faut en avoir une sacrée paire. D’ailleurs, tu es dans le top five français des parkings les plus chers de France, et c’est encore toi qui as raison : vaut mieux prendre 4 euros à tous le pauvres que 1000 aux riches qui ne sont pas nombreux. Par exemple, pourquoi ne pas fonctionner en abonnement à Superpignan, et faire raquer un maximum à ceux qui perdent leur code d’accès, comme tu le fais pour les tickets perdus, ça c’est de la balle d’idée d’extorsion, c’est aussi bon que des frais de dossier.

Et pendant qu’on y est, tu nous inspires à mort : au lieu de se prendre la tête sur comment sauver Perpignan on va miser sur les gens qui n’ont plus un flesch, ils donnent plus facilement que les riches qui te demandent de justifier chaque euro investi, et on va privatiser le parking des bus, tiens. Oui oui celui où les gens se garent gratos le soir pour aller manger leurs tapas : un coup de pinceau et une barrière mécanique de chez brico dépôt et hop hop hop cashflow à 7% de rentabilité en louant bien les places, et grâce à toi, parking, on ne doute pas un instant d’arriver à fixer un prix astronomique que les gens accepteront de payer parce qu’ils sont polis.

Et comme ça on pourra enfin être comme toi et plus encore : assis sur notre matelas en euros, on fera des jeux de mots pourris en se faisant appeler Leconard de Vinci. Bon on file, avec tout l’argent qu’on va se faire, on aimerait bien construire un téléphérique.

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